Angers

Il y a encore quelques semaines, nous avions très peu de décès

07.03.2012
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Clémence Malet, nutritionniste au Kanem (Tchad), témoigne. Le degré extrême de malnutrition des enfants dans les centres et les décès de plus en plus fréquents indiquent la dégradation rapide de la situation nutritionnelle dans la région. Le mois dernier, 1900 enfants malnutris ont été admis dans les centres nutritionnels d’ACF au Kanem : trois fois plus que l’an dernier. Un signe fort que la région a basculé dans l’urgence.
Cet enfant s’appelle Adoum Moussa. Il a 24 mois et ne pèse que 6.3 kg pour 78 cm. Normalement, il devrait faire un peu plus de 10kg à cet âge. Il est arrivé au Centre nutritionnel de Mondo le 21 février dans un état de faiblesse extrême et de malnutrition sévère aggravée. La sonde naso-gastrique a été posée le jour même de son arrivée. Aujourd’hui, il a repris de l’appétit. Il n’est peut-être pas encore sauvé mais il est sur la bonne voie…  
 
Le même jour que lui 3 autres enfants ont été transférés au CNT. L’un est décédé pendant le transfert et les 2 autres étaient dans un état si avancé que rien n’a été possible. Ils sont morts après quelques heures de prise en charge seulement.
 
Il y a quelques semaines, nous avions très peu de décès. Aujourd’hui, on a beaucoup d’enfants tellement affaiblis qui décèdent en route vers le centre, chose qu’on avait très rarement les mois passés. Cette situation est maintenant devenue courante. Toutes les semaines on a  des enfants qui décèdent en route...
 
Aujourd’hui, cette crise touche avant tout les enfants. Mais les adultes vont être touchés aussi. Cela affectera leur santé mais aussi leur capacité à produire. C’est dur d’aller travailler la terre quand on n’a rien dans le ventre.
La machine de la faim est en marche. Les mécanismes qui permettaient aux habitants de faire face ont été cassés. On ne parle plus de prévention ; on est déjà dans un contexte d’urgence.